Raillerie (nom féminin, subst. féminin)


Signification de l'Académie française (éd. 1932-35)

Nom féminin 

Action de railler, plaisanterie. "Fine . Raillerie plaisante, agréable, innocente. Raillerie piquante, offensante. C'est une froide . C'est une méchante raillerie."
Fam., "Cela passe la ," se dit d'une Raillerie trop forte, de mauvais goût. Il se dit aussi d'une Chose qui est sérieuse, importante, d'une chose qui a des suites fâcheuses. "Après avoir commencé par jouer petit jeu, il a perdu cent mille francs; cela passe la ."
"Entendre ," Ne point s'offenser des s dont on est l'objet.
"Il n'entend pas ," se dit d'un Homme sévère qui ne pardonne pas les plus légers manquements. "Ne négligez pas ce qu'il vous a ordonné, il n'entend pas ."
"Il n'entend pas là-dessus," se dit d'un Homme scrupuleux sur une certaine chose, sensible sur un certain point. "Ne lui parlez pas de cette affaire, il n'entend point sur ce chapitre."
"Raillerie à part, sans ," Sérieusement, tout de bon.



Dictionnaire d'Emile Littré

Subst. féminin 


Action de railler.
RÉGNIER: « Je tourne en un si fâcheux mystère »
CORN.: « Et l'amertume enfin de cette .... »
CORN.: « Quittez ces contre-temps de froide »
LA ROCHEFOUC.: « La est un air de gaieté qui remplit l'imagination, et qui lui fait voir en ridicule les objets qui se présentent ; l'humeur y mêle plus ou moins de douceur ou d'âpreté »
MOL.: « Ce qui n'était que jeu doit-il faire un divorce ? Et d'une a-t-on lieu de s'aigrir ? »
PASC.: « Ils vous reprocheraient de tourner les choses de la religion en »
BOSSUET: « J'avouerai franchement que, si j'en avais de bons témoignages [d'un miracle], sans faire ni l'esprit fort ni me soucier des s de M. Basnage, je le croirais de bonne foi »
BOURDAL.: « Ne sont-ce pas les s qui font les plaies les plus vives, les plus cruelles et les plus sanglantes ? »
FLÉCH.: « C'était sa maxime [de la Dauphine] que la ne convient pas à ceux qui sont élevés au-dessus des autres ; que les traits qui partent d'en haut font des blessures plus profondes »
LA BRUY.: « Il est convaincu que, quelque scrupuleuse exactitude que l'on ait dans sa manière d'écrire, la froide des mauvais plaisants est un mal inévitable, et que les meilleures choses ne leur servent souvent qu'à leur faire rencontrer une sottise »
LA BRUY.: « Celui qui est d'une éminence au-dessus des autres qui le met à couvert de la répartie, ne doit jamais faire une piquante »
FÉN.: « Il en faisait des s, le traitant de faible et d'efféminé »
Mme DE CAYLUS: « Elle [Mme de Montespan] joignait à cette dureté de coeur une continuelle »
DESTOUCHES: « Épargnez-vous, marquis, ces froides s »
VOLT.: « Quelques-unes de ces lettres [lettres d'Henriette à Charles Ier, saisies par les parlementaires] n'étaient que des expressions de tendresse et de douleur ; la chambre les lut avec ces s amères qui sont le partage de la férocité »
VOLT.: « Rousseau ayant montré à son antagoniste une ode à la postérité, celui-ci lui dit : Mon ami, voilà une lettre qui ne sera jamais reçue à son adresse ; cette ne fut jamais pardonnée »
MARMONTEL: « Cette tournure de qui est le sublime de l'insolence »
    Familièrement. Cela passe la , se dit d'une trop forte, d'une chose qui pourrait avoir des suites fâcheuses.
LA FONT.: « Mais tout ceci passait la »
MOL.: « Il a tort ; et ceci passe la »
    Familièrement. La en est-elle ? c'est-à-dire est-il permis de railler ? peut on railler sans crainte d'offenser ?
    Raillerie à part, sans , sérieusement, tout de bon.
    Entendre la , entendre bien la , avoir le talent de railler avec esprit.
    Entendre , ne point s'offenser des s dont on est l'objet.
MOL.: « Mais les hypocrites n'ont point entendu »
TH. CORN.: « Je ris quand on veut rire, et j'entends »
RAC.: « J'ai reconnu en vous une qualité que j'estime fort ; c'est que vous entendez très bien , quand d'autres que moi vous font la guerre sur vos petits défauts »
    Il n'entend pas , se dit d'un homme sévère, exigeant, difficile.
VOLT.: « Ils ont accusé M. de Saint-Foix d'avoir mal parlé de la religion ; M. de Saint-Foix, qui n'entend pas , a résolu de leur donner sur les oreilles »
    Il n'entend pas là-dessus, se dit d'un homme sensible, sévère sur une certaine chose.
MOL.: « Nous n'entendons point sur les matières de l'honneur, et nous l'avons élevée [notre fille] dans toute la sévérité possible »
    Familièrement. C'est une , c'est une plaisante , se dit d'une chose qui ne paraît pas vraisemblable.
    C'est une de nous venir dire que.... C'est une de croire que.... c'est-à-dire c'est une chose ridicule, absurde, de dire.... de croire....
P. L. COUR.: « La maison du garde.... réellement nous appartient comme ayant de tout temps fait partie de la forêt ; c'est une de prétendre avoir vendu le pot et non l'anse »
    Il n'y a point de à cela, ce n'est point une , la chose est sérieuse, ce n'est pas un conte fait à plaisir.
SÉV.: « Je suis venue ce matin dîner chez Mme de Villars, pour lui dire adieu ; car il n'y a plus de , elle s'en va jeudi »
BOILEAU: « Répondez, mon esprit ; ce n'est plus »

PROVERBE Cette passe le jeu, passe jeu, c'est-à-dire elle va trop loin.
    On dit dans le même sens : le jeu passe la .
TH. CORN.: « C'est là que de la fourbe il a fallu m'aider, Et que le jeu pour moi passait la »

SYNONYME
    RAILLERIE, MOQUERIE. Ces deux mots sont très voisins l'un de l'autre ; cependant la nuance est que la est une aggravation de la moquerie, une moquerie acerbe.

HISTORIQUE
    XVIème siècle
     Nouv. coust. gén. t. I, p. 843: Quiconque soit trouvé à peler les chesnes de quelqu'un, ou les taillader par [pour s'amuser]....

ÉTYMOLOGIE
    Railler.


Signification éditée en 1835 par l'Académie Française

Subst. féminin 


Action de railler, plaisanterie. "Fine . Raillerie plaisante, agréable, innocente. Raillerie piquante, offensante. C'est une froide. C'est une méchante. Cette est trop forte. Il lui est arrivé une aventure dont on fait des s partout. Il a tourné cela en , au lieu de s'en fâcher."
Fam., "Cela passe la ," se dit D'une trop forte, trop piquante. Il se dit aussi D'une chose qui est sérieuse, importante, d'une chose qui a des suites fâcheuses. "Après avoir commencé par jouer petit jeu, il a perdu cent mille francs; cela passe la . Ils s'amusaient à des jeux de main, et l'un d'eux a eu le bras rompu; cela passe la ."
"Entendre la , entendre bien la ," Avoir la facilité, l'art, le talent de bien railler; et, "Entendre ," Ne point s'offenser des s dont on est l'objet.
"Il n'entend pas ," se dit aussi D'un homme sévère qui ne pardonne pas les plus légers manquements. "Ne négligez pas ce qu'il vous a ordonné, il n'entend pas ."
"Il n'entend pas là-dessus," se dit D'un homme sensible et épineux sur une certaine chose. "Ne lui parlez pas de cette affaire, il n'entend point sur ce chapitre-là."
Fam., "La en est-elle?" Est-il permis de railler? peut-on railler librement sans craindre d'offenser?
Fam., "C'est une , c'est une plaisante ," se dit D'une chose qu'on entend dire, mais qu'on ne croit point, et qui ne paraît pas vraisemblable. On dit à peu près dans le même sens, "C'est une de nous venir dire que... C'est une de croire que"... C'est une chose ridicule, une absurdité. On dit quelquefois dans le sens contraire, "Il n'y a point de à cela, ce n'est point une ," Ce que je vous dis est sérieux, ce que je vous rapporte n'est pas un conte fait à plaisir.
"Raillerie à part, sans ," Sérieusement, tout de bon.
Prov. et fam., "Cette passe le jeu, passe jeu," Elle est trop forte.



Ancienne définition de 1798 (Académie Française)

Subst. féminin 


Action de railler, Plaisanterie. "Fine . Raillerie plaisante, agréable, obligeante, innocente. Raillerie piquante, offensante. C'est une froide, méchante. Cette est trop forte. Il lui est arrivé une aventure dont on fait des s partout. Il a tourné cela en , au lieu de s'en fâcher".
On dit, "Cela passe la ," pour dire, que La qu'on fait est trop forte, trop piquante. On dit encore, qu'"Une chose passe la ," pour exprimer, que La chose dont il s'agit est sérieuse et considérable. "Après avoir commencé par jouer petit jeu, il a perdu cent mille francs, cela passe la raillerie. Ils s'amusoient à des jeux de mains, et l'un des deux a eu le bras rompu, cela passe la ".
On dit aussi dans ces deux acceptions, "Il n'y a pas de à cela". Toutes ces phrases sont du style familier.
On dit, qu'"Un homme entend la , entend bien la ," pour dire, qu'Il a la facilité, l'art, le talent de bien railler; et, qu'"Il entend raillerie," pour dire, qu'Il ne s'offense point de ce qu'on lui dit en raillant.
On dit aussi d'Un homme exact qui ne pardonne pas les plus légers manquemens, qu'"Il n'entend point railleric. Ne négligez pas ce qu'il vous a ordonné, il n'entend pas ". Et en parlant d'Un homme sensible et épineux sur certaines choses, on dit, qu'"Il n'entend pas là-dessus. Ne lui parlez pas de cette affaire, il n'entend point sur ce chapitre-là".
On dit communément, "La en est-elle?" pour dire, Ést-il permis de railler? peut-on railler librement sans que l'on s'en offense?
En parlant De quelque chose qu'on entend dire, mais qu'on ne croit point, et qui ne paroît pas vraisemblable, on dit familièrement, "C'est une , c'est une plaisante ". Et on dit à peu près dans le même sens, "C'est une de nous venir dire que ...... C'est une de croire que" ... pour dire, C'est une chose ridicule, une absurdité.
On dit, "Raillerie à part, sans , " pour dire, Sérieusement, tout de bon.
On dit aussi proverbialement, "Cette passe jeu," pour dire, qu'Elle est trop forte. Il est familier.



Signification éditée en 1762 (dictionnaire de l'Académie Française)

Subst. féminin 


Plaisanterie, action de railler. "Fine . Raillerie plaisante, agréable, obligeante, innocente. Raillerie piquante, offensante. C'est une froide, méchante. Cette est trop forte. Il lui est arrivé une aventure dont" "on fait des s par-tout. Il a tourné cela en , au lieu de s'en sâcher."
On dit, "Cela passe la ," pour dire, que La qu'on fait est trop forte, trop piquante. On dit encore, qu'"Une chose passe la ," pour exprimer, que La chose dont il s'agit est sérieuse & considérable. "Après avoir commencé par jouer petit jeu, il a perdu cent mille francs, cela passe la . Ils s'amusoient à des jeux de mains, & l'un des deux a eu le bras rompu, cela passe la ."
On dit aussi dans ces deux acceptions, "Il n'y a pas de . Il n'y a pas de à cela." Toutes ces phrases sont du style familier.
On dit, qu'"Un homme entend la , entend bien la ," pour dire, qu'Il a la facilité, l'art, le talent de bien railler. Et, qu'"Il entend ," pour dire, qu'Il ne s'offense point de ce qu'on lui dit en raillant.
On dit aussi d'Un homme exact qui ne pardonne pas les plus légers manquemens, qu'"Il n'entend point . Ne négligez pas ce qu'il vous a ordonné, il n'entend pas ." Et en parlant d'Un homme sensible & épineux sur certaines choses, on dit, qu'"Il n'entend pas là-dessus. Ne lui parlez pas de cette affaire, il n'entend point sur ce chapitre-là."
On dit communément, "La en est-elle?" pour dire, Est-il permis de railler? Peut-on railler librement sans que l'on s'en offense?
En parlant De quelque chose qu'on entend dire, mais qu'on ne croit point, & qui ne paroît pas vraisemblable, on dit familièrement, "C'est une , c'est une plaisante ." Et on dit à peu près dans le même sens, "C'est une de nous venir dire que..... c'est une de croire que...." pour dire, C'est une chose ridicule, une absurdité.
On dit, "Raillerie à part, sans ," pour dire, Sérieusement, tout de bon.
On dit aussi proverbialement, "Cette passe jeu," pour dire, qu'Elle est trop forte. Il est familier.



Signification éditée en 1694 (selon l'Académie Française)

Subst. féminin 


Plaisanterie, action de railler. "Fine . plaisante, agreable, obligeante, innocente. piquante, offensante. c'est une froide, meschante. cette est trop forte. il luy est arrivé une avanture dont on fait des s par tout. il a tourné cela en au lieu de s'en fascher".
On dit, "Cela passe la ," pour dire, que La est trop forte, trop piquante.
Et on le dit aussi, pour exprimer qu'une chose est serieuse, considerable en son espece. "Il avoit commencé par joüer petit jeu, il a perdu cent mille francs, cela passe la ".
On dit dans le mesme sens, "Il n'y a pas de . il n'y a pas de à cela".
On dit, qu'"Un homme entend la ," pour dire, qu'Il a la facilité, l'art, le talent de bien railler. Et, qu'"Il entend ," pour dire, qu'Il ne s'offense point de ce qu'on luy dit en raillant.
On dit aussi, d'Un homme exact qui veut que chacun fasse son devoir, & qui ne pardonne rien, qu'"Il n'entend point . ne negligez pas ce qu'il vous a ordonné, il n'entend pas ".
On dit aussi, d'Un homme sensible sur certaines choses, qu'"Il n'entend pas là dessus. ne luy parlez pas de cette affaire-là, il n'entend point sur ce chapitre-là".
On dit communément, "La en est-elle?" pour dire, Est-il permis de railler, peut-on railler librement sans que l'on s'en offense?
On dit fig. d'Une chose qu'on trouve déraisonnable, qu'on ne croit point, qu'on ne croit pas vraisemblable, que "C'est une ," que "c'est une bonne raillerie, une plaisante ".
On dit à peu prés dans le mesme sens, "C'est une de nous venir dire que... C'est une de croire que" ... pour dire, C'est une chose ridicule, une absurdité.
On dit, "Raillerie à part, sans ," pour dire, Serieusement, tout de bon.




Emplacement dans le dictionnaire :

raie
raifort
raiguiller
rail
railé
raillé
raille
railler
râiller

railleur
railure
rain
raine
rainer
rainette
rainure
rainûre
raiponce
raire
raire ou réer




Quelques citations relatives :

Citation n°1 de Remy de GOURMONT (Esthétique de la langue française : la déformation, la métaphore, le cliché, le vers libre, le vers )

...latine que raser (radere, rasus, raticulare) qui a pris lui-même récemment un sens péjoratif ; on trouve en allemand scheren, raser, et scherzen, railler, en flamand scheren, raser, et scherts, raillerie. compter et conter. Dessein et dessin. Pupille. prunelle : on sait avec quel soin les grammairiens distinguent l'un de l'autre compter et conter. à les entendre il n'y aurait pas deux mots plus...


Citation n°2 de CHAMPFLEURY (Les Souffrances du professeur Delteil)

...le neveu des trois-sans-hommes ? On avait dû le surnommer de la sorte. Les enfants sont si cruels dans leurs plaisanteries ! Tous deux faibles, le professeur et l'élève supportaient sans doute la raillerie froide dont les soeurs étaient atteintes depuis si longtemps par un ennemi invisible. Une autre pensée poignante traversait l'esprit de l'aînée des marchandes de modes ; les malades sujets au délire...


Citation n°3 de Léon GOZLAN (Le Notaire de Chantilly)

...heureux, à la joie près d'avoir des enfants. On connaissait sa famille, celle de son mari ; le plus vif intérêt l'entourait ; plusieurs personnes insistèrent pour qu'on interdît d'avance toute raillerie à la bohémienne. Un jeune homme, dont personne ne jugea à propos de repousser l'avis, s'opposa à cette mesure, objectant avec raison que la délicatesse de cette jeune dame souffrirait plus de cette...


Citation n°4 de Léon GOZLAN (Le Notaire de Chantilly)

...dont pas un n'était perdu pour son regard, de quelque côté qu'il le dirigeât sur l'étendue plane de la pelouse, il n'évitait pas la fantasque solennité du repas. Il ne pardonnait pas à la fastueuse raillerie des flambeaux, des porcelaines, des flacons, des cristaux dont se chargeaient deux tables démesurées ; dérision pour son coeur attristé. Il rentrait pour la vingtième fois au fond de sa retraite,...


Citation n°5 de Henri MURGER (Scènes de la vie de bohème)

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